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Le nouveau "mode de vie européen"

Enrico Letta e Le nouveau mode de vie européen

La pandémie mondiale a pris l’Europe de court et entraîné d’abord des réactions nationales en ordre dispersé. Interdictions d’exportation de matériel médical par certains pays, fermetures inopinées de frontières par d’autres, le besoin d’échange des informations, de coordination des mesures et de mutualisation des moyens s’est en retour aussitôt fait sentir. Il y aura des leçons à tirer pour que la plus-value européenne soit mieux mise à profit devant une crise épidémiologique d’ampleur. Celle-ci annonce déjà une grave récession économique contre laquelle s’élabore une riposte européenne très attendue. Cette infolettre spéciale en explore quelques pistes.Mais cette crise sans pareil n’ébranle pas seulement la mécanique européenne. Sa singularité historique la plus tangible est le confinement dans lequel elle tient actuellement des populations entières du continent, plus ou moins sévèrement. C’est tout un « mode de vie européen », dans son sens ici non polémique mais le plus littéral et quotidien, qui se trouve soudain mis entre lourdes parenthèses. De Rome à Bruxelles et de Madrid à Varsovie, les piazzas, grand’places et autres parvis urbains emblématiques de nos villes sont déserts, tout comme les bars à tapas, pubs, cafés ou brasseries. Nul doute qu’ils retrouveront de leur vivacité une fois le risque sanitaire levé. Pour autant, les retrouvailles passées, les Européens seront-ils complètement les mêmes au sortir de leur longue assignation à domicile ? Le télétravail aura fait des émules et la maîtrise des technologies numériques, quelques progrès, y compris dans le monde scolaire. Des déplacements professionnels ne paraîtront peut-être plus autant si incontournables. Chez soi, des intérieurs auront été rafraichis, des vêtements ressortis des armoires et des vieux livres dépoussiérés. Après des semaines de boutiques fermées, le tri des achats, entre ceux « de première nécessité » et le reste, sera un peu plus apprivoisé. La distanciation physique ne sera plus de mise mais elle se sera accompagnée d’un recul pour dégager l’essentiel, qui pourra perdurer. La patience, dans une société d’immédiateté, se sera frayée un chemin dans un mode de vie, en même temps, plus numérisé. Le retour ne sera plus à la normale, comme si de rien n’était.Au-delà d’une inflexion possible des mœurs, c’est aussi notre attention pour les personnes âgées, notre respect pour le corps médical, notre confiance dans l’expertise scientifique, notre apprentissage du civisme collectif, notre obéissance aux autorités nationales, notre rapport à la mondialisation économique et notre attachement au modèle social et à l’Etat-Providence que cette crise fait évoluer tout à la fois. Et fondamentalement, le regard sur notre vulnérabilité personnelle et celle de nos sociétés. Et notre regard sur l’Europe ? À ce stade, il risque de ne pas sortir grandi, sur le plan institutionnel. Les récents et appréciables efforts de l’UE n’effacent pas l’impression chaotique de départ. L’aide chinoise aux Italiens, et aujourd’hui aux Français, a été plus médiatisée que celle de l’UE aux Chinois ou pour les rapatriements de ressortissants de l’Union à l’étranger. Les réflexes nationaux dominent lorsque la vie est en jeu. L’idée européenne peut s’en trouver abîmée, en particulier en Italie, comme s’en alarme notre président, Enrico Letta.

Mais les Européens vivent aussi une épreuve collective. Elle marquera des générations entières, toutes concernées, sans exception. Dans d’autres régions du monde aussi, mais en Europe plus qu’ailleurs, tant il s’agit aujourd’hui de l’épicentre de cette crise. Confinés, les citoyens européens s’observent, comparent et échangent ensemble leurs expériences, leurs passe-temps sur les réseaux sociaux. Il pourra s’en dégager par cette mémoire partagée, un début de sentiment d’appartenance, une conscience plus aigüe d’interdépendance et de destins liés, dont le projet européen a besoin pour avancer.

Sébastien Maillard Directeur de l’Institut Jacques Delor

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