unione europea

Alors que les gouvernements affûtent leurs scénarios de dé-confinement graduel et que les Vingt-Sept préparent un sommet européen très attendu, le 23 avril, pour redresser leurs économies mises à l’arrêt par la pandémie, la lutte contre celle-ci agit à la fois en révélateur des ressorts de nos sociétés et d’accélérateur de tendances.Le confinement a placé ainsi partout en première ligne tous ceux qui accomplissent un « travail essentiel » pour permettre aux hôpitaux et maisons de retraite de fonctionner mais aussi aux commerces d’être livrés, aux chaussées de rester salubres, à l’information de circuler. Autant de professions dont la reconnaissance, la rémunération, la protection, l’attractivité et l’évolution mériteront un dialogue social approfondi pour progresser.

Autre place rappelée parfois douloureusement par le Covid-19, celle des personnes âgées pour la protection desquelles tant de mesures drastiques sont prises. La Charte européenne des droits fondamentaux leur reconnaît celui «à mener une vie digne et indépendante et à participer à la vie sociale et culturelle» Dans un continent vieillissant, cette dignité et cette participation seront à consolider avec les autres générations après les confinements progressivement levés.La crise sanitaire et ses désastres économiques démontrent enfin le besoin d’Etat et plus largement des pouvoirs publics, y compris militaires. Ils en révèlent des dysfonctionnements mais avant tout l’incontournable nécessité et autorité pour réorganiser d’emblée la vie collective. En plusieurs pays, la figure d’ordinaire effacée du chef d’Etat a montré sa force cachée pour soutenir une nation déboussolée.

Parallèlement, cette pandémie peut servir d’accélérateur de tendances déjà à l’œuvre. On le constate dans la transition numérique, domaine en train de montrer davantage son utilité sociale. On l’observe sur le plan géopolitique, devant une nouvelle ascension de l’Asie et un recul du leadership américain. Dans les mouvements migratoires sous tension. Pour la transition écologique, la question reste ouverte de savoir si cet épisode la précipitera ou si, à l’inverse, elle risque d’encore dangereusement la repousser. Amarrer le futur plan de relance au Pacte vert est un premier défi posé à l’Union européenne, dont cette nouvelle crise a ressuscité de vieux clivages. Les surmonter sera tout l’enjeu du prochain Conseil européen, qui ne devra pas accentuer la pente des divisions mais au contraire dégager – et incarner- toute la force politique dont est porteuse l’unité. La France et l’Allemagne ont un rôle d’entraînement à jouer.Au-delà de l’urgente nécessité des Vingt-Sept à s’accorder sur un financement ambitieux de la relance de leurs économies, c’est tout le logiciel européen que cette crise, encore pleine d’inconnues, invite à réviser. Sur le plan défensif, la résilience et, sur le plan offensif, l’autonomie stratégique, émergent comme deux possibles mots d’ordre autour desquels réordonner les capacités de l’Union. Cela ouvre un nouveau champ à la Conférence sur le futur de l’Europe. Et d’ores et déjà, aux think tanks dont le travail de «laboratoire d’idées» peut, en cette période d’ébranlement et de réinvention, se révéler plus essentiel.

Sébastien Maillard – Directeur de l’Institut Jacques Delors